Enfants et chômeurs : oubliés du coronavirus

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À part dans la science fiction, qui aurait pu imaginer cette drôle de période qui s’achève ? Depuis plusieurs semaines, nous voici tous coincés à la maison. Certains plus difficilement que d’autres, n’ayant pour possibilité de s’évader qu’une fenêtre sur l’extérieur et cet irrépressible besoin de sentir le vent dans les cheveux (trop longs).

Certes, chaque confinement est différent. Certains doivent partir travailler, avec plus ou moins de reconnaissance selon la tâche effectuée, pourtant forcément indispensable. D’autres doivent se démultiplier en assurant des programmes serrés pour leurs têtes blondes, tout en conservant du temps de cerveau disponible pour les multiples réunions à distance et les « chut, maman travaille ! » et mettant parfois de côté tous les principes sur le temps d’écran. Certains goûtent par avance aux plaisirs (ou non) de la retraite. Chacun doit rivaliser d’imagination pour composer deux menus différents chaque jour de la semaine, avec un minimum d’ingrédients.

École ou pas ?

Ce qui est en revanche commun à tous, c’est l’insupportable incertitude qui plombe ce temps arrêté. Incertitude sur l’avenir, sur la réelle fin du confinement, sur la reprise de l’école. Ce poids qui repose sur nos seules épaules, nous parents. Cette responsabilité coupable que l’on nous donne de choisir entre garder nos enfants à domicile ou les envoyer dans une salle de classe aseptisée, pour vivre une journée privée de tout ce qui fait l’école : un lieu de socialisation. Mes enfants seront-ils mieux à un par table, sans pouvoir interagir avec ces camarades qui leur manquent tant, à ne pouvoir que gratter du papier car toute activité ludique et groupée sera proscrite, à devoir manger chacun de son côté, toujours sur la même table, un plat froid et insipide ? Non, évidemment.

back to school

Même si le lien si particulier qui les liait avec leurs enseignants respectifs se dénoue inexorablement, même assurer si l’école à la maison est une épreuve (et dire que certains en font le choix), ils y seraient mieux que dans des locaux qui n’auraient plus rien de l’espace accueillant dont ils ont le souvenir déjà vague. Nos enfants ne sont-ils pas un sacrifice pour l’économie ? Les envoie-t-on au front , avec la peur de ce virus dont on les a préservés depuis des semaines et dont on ne connaît rien ? Mais comment, dans ce cas, espérer reprendre une activité professionnelle ? Comment retrouver un semblant de vie normale ? Comment ne plus avoir peur d’un ciel qui s’assombrit de jour en jour ?

J’aimerais avoir ce choix de les mettre ou non à l’école. J’aimerais pouvoir me plaindre du télétravail. J’aimerais pouvoir pester contre un chef qui cale un rendez-vous à l’heure du cours virtuel de SVT. Mais je ne peux pas.

Les oubliés du coronavirus

Mon cas peut paraître un peu particulier, mais il est partagé par de nombreuses personnes à qui l’on ne donne pas la parole. Depuis bientôt deux mois, l’impression d’être inutiles, oubliés et méprisés par la société grandit. Ces personnes, ce sont les chômeurs. Ceux dont la bataille s’est vue stoppée sans crier gare par le confinement. Depuis deux mois, on n’entend parler que de chômage partiel, d’arrêt maladie pour garde d’enfant, d’aide pour les plus modestes… de tout cela, on n’a pas droit. De discours en discours on attend un signe, mais à chaque fois la déception est la même. Il n’est fait jamais mention de ceux qui ne peuvent que désespérément voir leur situation de détricoter maille après maille.

Il paraît pourtant que personne ne sera lésé par la crise, chacun le répète à l’envi. Si seulement il était possible de le croire… On nous dit que TOUS les chômeurs verront la période gelée, qu’il n’y aurait pas d’incidence sur les droits restants. Des mots. Réconfortants, mais rien que des mots (comme dirait Dalida). Car dans les faits, il n’en est rien. Chaque jour de confinement est un jour de droit au chômage en moins.

Une minorité silencieuse

curriculum vitae

Pourtant, j’aurais dû travailler. J’avais un contrat prévu mais il n’a pu être honoré faute d’activité. Et je suis loin d’être la seule. Je m’en suis ouverte, on m’a traitée d’égoïste. Les personnes qui me connaissent savent à quel point cette qualification peut me blesser, tant penser à moi est loin d’être ma priorité. Lorsque j’ose me plaindre de la situation, c’est pour servir d’exemple à tant de monde. Les saisonniers, les extras, les intermittents. Il paraît que ces derniers vont bénéficier d’annonces. J’ose espérer (mais j’en doute) que cela concernera tous ceux que la crise a mis de côté de la même manière, en les privant d’activité. Car, certes, nous ne bénéficions pas d’un collectif riche de Victoires et de Césars pour monter au créneau, mais nous méritons tout autant d’être entendus.

Si rien ne change, si l’activité ne reprend pas, dans une centaine de jours les droits au chômage pour lesquels j’ai cotisé de nombreuses années arriveront à échéance. Et cela m’angoisse au plus haut point.

Alors certes, je fais bonne figure. J’ai un transat et un jardin où me prélasser, du soleil qui me donne mine, des enfants à instruire et divertir, un mari qui se démène pour que tout se passe bien à l’extérieur de notre cocon, je maîtrise la recette de la brioche maison, je pourrais aisément dire que j’ai tout pour être heureuse et profiter au maximum de ce confinement qui force la population à ne rien faire.

Mais il n’empêche que le soir, le sommeil vient difficilement. Comme l’impression que tous les efforts pour faire mon trou, prouver ma valeur, ne pas compter mes heures, user stylos et claviers n’auront pas servi à grand chose. Comme l’impression que cette crise a appuyé sur le bouton reset et m’a oubliée dans la restauration de la sauvegarde.

Je doute que les dirigeants entendent cet appel, mais au cas où… merci de vous pencher sur cette frange de votre population, certes silencieuse, mais pas moins in