Précocité : est-ce un cadeau ?

La semaine dernière, je suis tombée sur une émission qui m’a fait bondir : « Petits génies : à la découverte des enfants précoces ». Je pensais naïvement qu’il s’agissait d’un documentaire sur le quotidien de ces enfants « hors normes ». Mais non, c’était surtout un concours, un mise en concurrence de celui qui aura la plus grosse… intelligence.
Voilà un sujet que je comptais aborder depuis longtemps sans trop oser tant il est difficile à décrire. Mais impossible de me taire : quand je bondis, j’écris !
Un enfant précoce n’est pas forcément un génie, mais un enfant dont le cerveau fonctionne peut-être un peu plus vite que les autres de son âge, en tout cas qui fonctionne différemment. Une différence qui n’est pas facile à gérer au quotidien, ni pour l’enfant ni pour les parents. Je le sais d’autant mieux que sur deux microbes en âge de parler, deux ont été « diagnostiqués » précoces, ou « enfants à (très) haut potentiel ». Youpi des petits surdoués, quelle chance ! Ou pas…

Pour le vivre au quotidien, non élever un enfant précoce n’est pas vraiment une chance. Alors je vous vois venir : elle exagère celle-là, elle se plaint d’avoir des enfants intelligents. Oui, je vous l’accorde c’est un problème de riches. Les premières années, on s’étonne, on admire et on profite de ce petit qui comprend tout, qui parle très vite, qui construit des phrases complexes très tôt, qui chante excessivement juste et apprécie la musique, qui peut rester concentré devant un dessin animé complet car il le regarde vraiment, qui joue au memory et aux puzzles avec un grand nombre de pièces… Mais quand arrive l’âge de l’école, l’enfant « intéressant » devient rapidement « perturbateur », et les ennuis commencent.

Les convocations à l’école s’enchaînent. En effet il ne tient pas en place, répond à tort et à travers, a beaucoup de mal à « être élève ». Il s’ennuie et le fait savoir… Alors on fait intervenir la psychologue scolaire, et ce dont on ne doutait pas tombe : Maximoy est précoce. Un QI de 139, à 5 ans son cerveau est aussi développé que celui d’un enfant de 8 ans. La classe ! Sauf qu’il est plus lent, et qu’affectivement, il n’a que 2 ans… Un besoin infini de reconnaissance, d’accompagnement, de chaleur et d’assentiment de l’adulte, quand l’adulte tendrait plutôt à croire que son éveil, son vocabulaire ou sa culture générale déjà développés s’accompagnent d’une maturité et une autonomie équivalentes. L’institutrice de moyenne section (niveau dans lequel il n’est resté que quelques mois) l’avait bien compris : il faudrait qu’elle s’occupe de lui tout le temps… Mais le temps du précepteur étant révolu, il va bien falloir composer avec des classes de 25 (minimum).
Alors parfois, la compréhension, l’adaptation et surtout la patience manquent chez des institutrices pas forcément au courant du dossier, et surtout pas forcément disposées à composer avec un élément trop complexe, trop présent, trop mouvant, trop bruyant. Et comment leur en vouloir… Alors au lieu d’être compris, il est puni, encore et encore, année après année, école après école.

Des difficultés quotidiennes

Et à la maison ? On se remet en question chaque jour et on y va à tâtons… Une méthode qui fonctionnait la veille sera totalement inefficace le lendemain. Sanction, autonomisation, discussion, plein de mots en -ion parfois décourageants tant ils sont éphémères… Et quand la patience manque, quand la fatigue s’installe, quand on est épuisé de répéter 1000 fois la moindre petite consigne, quand on a l’impression d’avoir tout essayé, ce sont vite des cris. Des cris que l’on regrette presque instantanément, et qui de toute façon n’ont pas beaucoup plus d’effet…
Lorsque le calme revient, lorsque l’on demande les raisons d’un comportement agité, inconstant, insolent voire violent, lorsque l’on demande une explication à cet énième punition scolaire, c’est là que cela devient réellement dur en tant que parent. Car lui-même n’en sait rien, lui même s’en veut, ne comprend pas pourquoi il agit ainsi. Et souvent il pleure, et maudit ce cerveau qui le pousse à agir contre sa nature de vrai gentil, qui ne demande qu’à plaire.

Quoi de plus difficile pour un parent que de voir son enfant malheureux ? De voir qu’il se sent prisonnier dans sa propre tête ? De l’écouter être tellement désolé de son attitude sans pouvoir changer ? De compter sur les doigts d’une main ses invitations aux anniversaires ? De le voir se battre avec lui-même, parfois physiquement, lorsqu’il s’évertue à retenir des tables de multiplication qui ne veulent pas entrer, alors qu’il retient en quelques instants des dates ou des fables de la Fontaine ? De se trouver nul ? De voir que son innocence d’enfant s’évanouit trop tôt ? De devoir expliquer à son petit de 3 ans qu’il ne faut pas avoir peur de la mort ? De multiplier les stratagèmes pour qu’il arrive enfin à s’endormir car il n’arrive pas à s’arrêter de penser ?

Chaque précocité est différente

Et quand, 3 ans après, le petit frère subit les mêmes tests pour le même résultat, on pourrait croire que cela va être plus simple, car on saura à peu près à quoi s’attendre. Sauf que chaque précocité est spécifique. Après un Maximoy plutôt littéraire, tête en l’air car  dans son monde, nous voici avec un Minimoy matheux, qui compense sa différence par les poings dès qu’il est en groupe. Pourtant, comme son frère il est hypersensible, comme son frère il a besoin de se sentir reconnu. Et comme son frère, il ne « comprend pas pourquoi [son] cerveau pousse [son] corps à faire ça ». Mais peu de personnes connaissent son caractère câlin, serviable et affectueux.

Malgré tous ces inconvénients, un enfant précoce est une découverte de chaque instant, pour qui prend le temps de s’y attarder. En demande permanente de « nourriture », il s’intéresse à énormément de sujets, réfléchit parfois comme un adulte, est doué d’un humour développé. Et au fil des années on ne se lasse pas de s’étonner d’une remarque plus que pertinente, d’un bon mot spécialement bien choisi, d’une information plutôt surprenante qu’il aurait retenue on ne sait comment, du plaisir qu’il ressent à apprendre et à partager son savoir, de sa capacité à intégrer et mettre en application des conseils et instructions notamment dans les domaines extra-scolaires.

Mais cette richesse infinie est trop synonyme de souffrance intérieure pour ces enfants, en tout cas pour les nôtres. Et ils préféreraient tellement souvent être « normaux »…

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4 comments

  1. Milene dit :

    J’ai connu cela et l’école française n’est pas prête pour cela. Vivez le quotidien comme il vient, nourrissez les de ce qu.ils aiment, aimez les pour ce qu.ils sont. La psy qui nous conseillait nous avez dit que ces enfants savaient ce qui est bon pour eux, écoutez les et apportez leur la nourriture spirituelle dont ils ont besoins. Expliquer leur régulièrement que notre société a des règles et qu.ils doivent les connaître et les appliquer même si elles semblent ridicules. Je me souviens de mon filds du haut de ses 6 ans m,expliquer que son instit avait tort à propos d’un exo de math, et il avait raison mais la notion de zéro n.est pas au programme au ce1. Alors oui il avait raison souvent et nous étions là pour lui confirmer mais alors nous lui expliquions que pour le moment ce n’était pas ce qu.on attendait de lui et qu.il devait accepter certaines conventions. Frustrant mais ça lui a permis d’attendre’ il a maintenant 24 ans, il poursuit des études brillantes en Ecosse, il doute toujours, analyse tout, fait toujours beaucoup de recherches sur tout, mais il’est apaisé, il fait ce qu.il aime et cela est ce qui compte pour moi. Bon courage, mais surtout n’oubliez jamais de leur dire que vous les aimez, pas pour leur différence de QI mais pour ce qu.ils sont

    • super administratrice dit :

      Merci pour ce message, effectivement nous ne manquons pas de leur dire à quel point nous les aimons.
      Et cette année, nous les avons inscrits dans une école privée. Bizarrement, malgré l’effectif qui est un peu plus chargé, cela se passe beaucoup mieux. Pourquoi ? Parce qu’ils sont acceptés comme ils sont et non pointés du doigt par une institutrice excédée…

      • Alix dit :

        Salut miss,
        Comme tu le sais, en plus de 10 ans d’enseignement, je n’ai pas rencontré deux enfants qui se ressemblent… et tant mieux! C’est la richesse de mon métier et cela me passionne!
        Juste une petite chose… j’ai aussi eu l’occasion de « recuperer » un enfant du privé qui avait été brisé (et je pèse mes mots!) par son enseignante.
        Alors privé /publique… peu importe mais par contre, une vraie formation (neurosciences, psychologie, pédagogie active..) pour nous permettre d’ accompagner tous ces petits vers le monde de grands qu’ils construiront demain!

        • super administratrice dit :

          Je suis tout à fait d’accord, nous avons eu la chance de « tomber » sur les bonnes personnes cette année.
          Au-delà d’un choix d’école, à nous parents de rester vigilants et surveiller la façon dont ils vivent leurs journées en classe.
          L’accompagnement de ces enfants ne peut être optimal sans une formation préalable adaptée, et un enseignant à l’écoute. Et il en existe dans chaque type d’établissement.

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