Me too, le hashtag qui dérange et pourtant…

me too

Depuis une semaine, les hashtags pleuvent, les langues se délient, et une moitié de la population s’étonne. Oui, depuis l’éclatement du scandale Weinstein le monde est coupé en deux. Ou plutôt en trois: Une partie qui parle, les nombreuses femmes victimes de harcèlement depuis des années ; une frange de connards de lâches qui se cachent derrière un réseau social pour cracher sur celles-qui-l-ont-bien-cherché, et à qui je ne ferai pas le plaisir de leur offrir une tribune supplémentaire ; et une partie, majoritairement masculine, qui tombe des nues et demande surtout pourquoi ne pas avoir parlé avant, et à qui je vais tenter d’apporter un début de réponse.

Après le scandale Hollywoodien, certains semblaient se rassurer. Ouf, nous ne sommes pas concernés, cela ne peut arriver que dans le milieu de requins que représente le cinéma américain. Mais depuis, les masques tombent et les noms se multiplient. Le spectacle, la politique, les médias, et demain peut-être les finances, le sport, le commerce, l’administration ou l’édition. Non, personne, aucun secteur n’est épargné. A croire que le pouvoir déplace le cerveau de certains vers un endroit où ils ne méritent qu’un bon gros coup de Dr.Martens coquées.

Non une robe n’est pas un appel au harcèlement

Oui, pour un entretien d’embauche toute femme soigne sa tenue, se fait belle, elle se prépare quoi. Elle ne va pas non plus y aller en jogging et les cheveux gras…
Est-elle pour autant responsable si cela éveille les sens d’un patron libidineux ? Et une fois au travail, devrait-elle enfiler un jean et un t-shirt informe pour être uniquement considérée pour son professionnalisme, et non pour la taille de son bonnet (bon sur ce plan je n’ai pas de souci à me faire) ?
Personnellement, j’aime m’habiller correctement, j’aime porter des robes au bureau. Mais si je ne compte pas changer de look pour éviter les regards de travers (parfois féminins d’ailleurs), j’avoue que certaines remarques ambigües sur une tenue peuvent conduire à la laisser au placard. Je n’ai heureusement jamais vécu de situation de harcèlement au travail, même si en tant que femme journaliste sur les bords de terrains sportifs, j’ai pu comptabiliser un certain nombre de petites phrases de gros malins graveleux qui se trouvent toujours plus malins que les autres (mais bien planqués dans les tribunes ils ne vont pas porter leurs c** non plus…). Comme beaucoup, j’ai toujours choisi l’ignorance…

Oui, « me too »

me tooLe mot clé (en mode francisation à outrance) « me too », je peux malheureusement l’utiliser moi aussi. Une histoire qui était bien sagement planquée dans la partie oubliée de ma mémoire, et qui a profité de celles des autres pour ressortir. A ceux qui se demandent pourquoi les langues se délient d’un coup, sachez que parfois le cerveau humain peut occulter certains passages pour permettre d’avancer.

Nous étions en décembre 1995, j’avais 13 ans. Je me revois encore avec ma grand-mère dans le train de banlieue vers Paris, où elle nous emmenait voir les vitrines. Une sortie exceptionnelle !

Elle venait de m’apporter un petit short en velours noir que je me suis empressée de porter avec un collant en laine, ainsi qu’un pull à énormes mailles. Que j’étais jolie m’avait-elle dit ! Oui, je l’étais, je me sentais bien habillée en tout cas, ce qui était assez rare en cette période cruelle de l’adolescence des années 90 (celle des caleçons imprimés et des chemisiers à fleurs).
Est-ce que j’étais pour autant aguicheuse ? Pas vraiment, rappelons tout de même que j’avais 13 ans… A 13 ans, on ne pense pas à mal, on est encore une enfant. J’allais voir les vitrines de Noël, pas à un bal des débutantes.

Débutante je l’étais cependant, car je découvrais les transports en commun bondés d’un samedi de décembre. C’était sans doute pour cela que le vieux monsieur s’était mis tout juste devant moi, alors que ma grand-mère se retrouvait en face, devant l’autre strapontin. Jusqu’à présent rien que de bien normal. Les stations défilent, le bras du monsieur me frôle de temps en temps, au gré des cahots. Puis du monde monte encore, alors il recule, normal. Ce qui l’est moins, c’est quand sa pochette en cuir appuie mon entrejambe. J’essaie délicatement de me dégager, mais il n’y a pas de place, et rappelons-le, je n’ai que 13 ans, pas le réflexe et l’aplomb nécessaires pour lui asséner un bon coup de genou dans les parties. La pochette se met donc à bouger verticalement, me laissant subir en silence un mouvement qui durera de trop longues minutes, jusqu’à ce qu’il descende enfin. Qu’il parte avec sa perversion de vieux pervers, et avec une partie de mon innocence.

Et après ? Rien. Bien sûr que je n’ai pas parlé. A qui ? A ma grand-mère qui s’en serait voulue de n’avoir rien vu ? Et puis en fait il ne s’est rien passé, et de toute façon ça aurait changé quoi ? Et puis ça se trouve il ne le faisait pas exprès, si ? Au final, je ne m’en suis prise qu’à moi-même, me persuadant que c’était de ma faute, que je l’avais bien cherché avec mon short… Cette tenue, dans laquelle je me sentais si jolie, je ne l’ai plus jamais portée. Et je n’ai dépassé le traumatisme du short hivernal que l’année dernière sans savoir pourquoi je n’osais plus en porter.

Des situations trop fréquentes

Depuis, je me suis depuis déjà retrouvée en compagnie d’un « frotteur » dans le métro. Mais cette fois j’avais pris du galon, et mes talons ont souvent frôlé des tibias ou des pieds de voyageurs mal intentionnés. Et après ? Ils sont certainement allés en coller d’autres.
Une étude a récemment démontré que 9 femmes sur 10 ont déjà été victimes de harcèlement dans les transports en commun… 9 sur 10 !

Non les femmes ne sont pas responsables si certains hommes ne savent pas réfléchir au-dessus de la ceinture. Non, aucune ne cherche à se faire agresser, même si elle est délibérément « sexy ». Aucune ne devrait avoir honte de réagir, de parler. Et si la présomption d’innocence est obligatoire, la présomption de victime devrait l’être également. Non une femme qui dénonce n’est pas par défaut une menteuse qui cherche à se venger ou récupérer de l’argent.

Chaque femme individuellement n’a peut-être pas les preuves, les armes suffisantes pour se défendre face à un homme souvent puissant et influent, mais à plusieurs elles peuvent faire des ravages. Et si le hashtag « balancetonporc » dérange, il a le mérite d’exister et de libérer. Certes, il lance sur la place de grève des noms avant qu’ils n’aient le temps de répondre. Mais je doute que beaucoup de personnes le fassent uniquement pour nuire à un innocent par pure méchanceté. La solution idéale ? Un collectif qui regrouperait les témoignages avant de lancer une action en masse, comme l’ont fait les victimes de Weinstein. Difficile de crier au complot dans ce cas…

Je prie pour que le phénomène continue, pour que plus jamais quiconque n’ose user de son pouvoir pour exercer la moindre pression sexuelle. Et par dessus tout, je prie pour que ma fille n’ait pas à vivre dans un monde où elle devra s’excuser d’être jolie, où un sexe se sentira supérieur à l’autre, parce qu’historiquement « c’est comme ça ».
Que chacun garde sa braguette fermée et ses mains dans ses poches, le monde tournera nettement mieux.

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4 comments

  1. Maman BCBG dit :

    L’histoire de ce vieux pervers…. envie de vomir ? Bon sang, mais tu étais une enfant !! (ej en dis pas que cela aurait été acceptable de faire ça sur une adulte, mais c’est encore plus ignoble sur une petite fille….!)
    Merci d’avoir parlé, d’avoir apporté ta voix à l’édifice.

    J’espère que la prise de conscience se fera…

    « la présomption d’innocence est obligatoire, la présomption de victime devrait l’être également » merci pour cette phrase…. !

    • Malheureusement je crains qu’il n’y en ait beaucoup d’autres qui abusent de l’innocence…
      Oui je trouve que par défaut on dit que la victime est une menteuse et qu’elle doit prouver ses accusations. Ou pire, qu’il s’agit de « grivoiserie » ou de spécificité française… la connerie humaine n’a pas de limite

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